Les services écosystémiques : ce que la nature nous offre
Et si les forêts, les océans et les zones humides vous envoyaient une facture pour leurs services ? Découvrez la valeur inestimable (et souvent gratuite) des écosystèmes !
Introduction
L'air que vous respirez, l'eau que vous buvez, la nourriture dans votre assiette, la régulation du climat, et même l'inspiration pour une œuvre d'art... Tous ces éléments ont une origine commune : les écosystèmes. Pendant des siècles, ces bénéfices ont été considérés comme acquis, des « dons gratuits » de la nature. Le concept de services écosystémiques est né pour mettre en lumière cette dépendance cruciale et souvent invisible.
Quel serait le coût pour l'humanité si elle devait remplacer artificiellement tous les services rendus par les abeilles ?
1📋 Définition et cadre conceptuel
Le terme services écosystémiques a été popularisé par le Millennium Ecosystem Assessment (MA, 2005), une vaste étude internationale commandée par l'ONU. Il désigne les bénéfices directs et indirects que les écosystèmes procurent au bien-être humain. Ce concept établit un lien explicite entre la santé des écosystèmes et le développement économique et social.
Bénéfices que les populations humaines tirent, directement ou indirectement, des fonctions des écosystèmes.
Il ne faut pas confondre les fonctions de l'écosystème (processus écologiques comme la photosynthèse ou le cycle de l'eau) et les services (bénéfices que les humains en retirent). Une fonction devient un service lorsqu'elle est utile à l'humanité.
La pollinisation est une fonction écologique réalisée par les insectes, les oiseaux ou le vent. Elle devient un service écosystémique de production lorsqu'elle permet la formation des fruits et des graines que nous consommons.
2🗂️ Les 4 grandes catégories de services
Le MA propose une classification en quatre catégories, devenue une référence. Cette catégorisation aide à penser de manière systématique aux multiples apports de la nature.
Représentation schématique des quatre catégories de services et de leurs liens avec le bien-être humain.
- 1. Services d'approvisionnement
- 2. Services de régulation
- 3. Services culturels
- 4. Services de soutien
Produits matériels obtenus des écosystèmes.
Nourriture (poissons, céréales, fruits), fibres (bois, coton, laine), eau douce, ressources génétiques, combustibles (bois de chauffage).
Avantages tirés de la régulation des processus écosystémiques.
Régulation du climat (stockage du CO₂), purification de l'eau et de l'air, contrôle de l'érosion des sols, contrôle des maladies et des parasites, pollinisation des cultures.
Bénéfices non matériels obtenus des écosystèmes.
Valeurs esthétiques, récréatives (randonnée, tourisme), spirituelles et religieuses, inspiration éducative et artistique, sentiment d'appartenance.
Services nécessaires à la production de tous les autres services. Ils agissent à long terme.
Formation des sols, cycle des nutriments (azote, phosphore), production primaire (photosynthèse), cycle de l'eau, maintien de la biodiversité.
Les services de soutien sont fondamentaux car ils sous-tendent tous les autres. Cependant, leur évaluation monétaire directe est complexe, car leurs effets ne sont pas immédiats.
3💰 Évaluer l'inestimable ? Méthodes et enjeux
Donner une valeur aux services écosystémiques est un défi scientifique et éthique, mais c'est un outil puissant pour la prise de décision. L'objectif n'est pas de « tout monétariser », mais de rendre visible l'invisible et d'intégrer la nature dans les calculs économiques et politiques.
Les méthodes d'évaluation sont variées :
- Valeur marchande directe : Prix du bois, du poisson.
- Coûts évités : Coût d'une usine de traitement de l'eau si la forêt ne la filtrait plus.
- Coûts de remplacement : Coût de la pollinisation manuelle si les abeilles disparaissaient.
- Consentement à payer : Somme que les gens sont prêts à payer pour préserver un paysage.
L'évaluation économique est un outil, pas une fin en soi. Elle doit être complétée par des considérations éthiques, sociales et écologiques. Certains services culturels ou de soutien ont une valeur intrinsèque qui dépasse l'aspect monétaire.
4⚠️ Dégradation des services et conséquences
Le rapport du MA tire un constat alarmant : environ 60% des services écosystémiques évalués sont dégradés ou utilisés de manière non durable. Cette dégradation n'est pas une simple perte écologique ; elle a des impacts directs sur le bien-être humain, en particulier pour les populations les plus pauvres qui en dépendent le plus directement.
Dégradation des sols (déforestation, agriculture intensive) → Baisse des rendements agricoles (service d'approvisionnement), augmentation des ruissellements et des inondations (perte du service de régulation).
Disparition des zones humides → Perte de la capacité d'épuration de l'eau (service de régulation), disparition d'habitats pour la pêche (service d'approvisionnement).
Cette dégradation crée souvent un cercle vicieux : la perte d'un service (ex: fertilité des sols) pousse à intensifier l'exploitation ou à utiliser des substituts coûteux (engrais), ce qui dégrade davantage l'écosystème.
Les points de basculement (tipping points) sont une préoccupation majeure. Au-delà d'un certain seuil de dégradation, un écosystème peut perdre brutalement sa capacité à fournir des services, avec des conséquences irréversibles à l'échelle humaine (ex : effondrement d'une pêcherie, désertification).
Vocabulaire
Évaluation internationale majeure (2001-2005) commandée par l'ONU, ayant pour objectif d'évaluer les conséquences des changements écosystémiques pour le bien-être humain.
Ex: Le MA a établi le cadre de référence pour le concept de services écosystémiques.
Stock de ressources naturelles (forêts, sols, eau, air, biodiversité) qui produit un flux de services écosystémiques.
Ex: Exploiter un capital naturel sans le renouveler, c'est comme puiser dans un compte d'épargne sans jamais y déposer d'argent.
Valeur tirée de l'utilisation effective d'un service (directe ou indirecte).
Ex: La valeur d'usage d'une forêt comprend le bois récolté et la purification de l'air.
Valeur attribuée à un écosystème indépendamment de son utilisation actuelle (valeur d'existence, de legs).
Ex: Être prêt à payer pour la protection d'une espèce menacée que l'on ne verra jamais.
Situations où l'amélioration d'un service se fait au détriment d'un autre.
Ex: Convertir une forêt en terre agricole améliore le service d'approvisionnement (nourriture) mais dégrade les services de régulation (climat, eau) et de soutien (biodiversité).
Instruments économiques où les bénéficiaires d'un service rémunèrent ceux qui le maintiennent.
Ex: Une ville paie des agriculteurs en amont pour qu'ils adoptent des pratiques réduisant la pollution de l'eau, préservant ainsi le service de purification.
