L'immunité adaptative : une réponse spécifique et mémoire
Comment ton corps se souvient-il d'un microbe pour mieux le combattre la prochaine fois ? Découvre l'armée d'élite de ton système immunitaire !
Introduction
L'immunité innée agit comme une première ligne de défense rapide mais non spécifique. Que se passe-t-il si un pathogène réussit à la franchir ? Ton organisme déploie alors une seconde ligne de défense, plus lente à se mettre en place, mais redoutablement efficace : l'immunité adaptative. Cette réponse est spécifique à chaque agresseur et laisse une mémoire permettant une réaction plus rapide et plus forte en cas de nouvelle rencontre.
Pourquoi n'attrape-t-on la varicelle qu'une seule fois dans sa vie ?
1🎯 Les caractéristiques fondamentales
L'immunité adaptative se distingue de l'innée par quatre propriétés clés :
- Spécificité : Elle est dirigée contre un antigène précis. Chaque lymphocyte (cellule de l'immunité adaptative) ne reconnaît qu'un seul type d'antigène.
- Diversité : Le répertoire des lymphocytes est immense, capable de reconnaître des millions d'antigènes différents, y compris ceux jamais rencontrés.
- Mémoire : Après une première rencontre, des cellules « mémoires » persistent. Lors d'un second contact avec le même antigène, la réponse est plus rapide, plus forte et plus longue.
- Tolérance au soi : Le système apprend à ne pas attaquer les molécules de l'organisme lui-même.
Molécule (souvent une protéine) reconnue comme étrangère par le système immunitaire et capable de déclencher une réponse immunitaire spécifique. Elle peut provenir d'un pathogène (virus, bactérie) ou d'une cellule anormale (cancéreuse).
La spécificité et la mémoire sont les deux piliers de l'immunité adaptative. Elles expliquent l'efficacité des vaccins et le fait que l'on soit généralement immunisé après avoir contracté certaines maladies.
2⚔️ Les acteurs : lymphocytes B et T
La réponse adaptative est portée par deux grandes familles de globules blancs : les lymphocytes B et les lymphocytes T. Ils naissent dans la moelle osseuse mais achèvent leur maturation dans des organes lymphoïdes différents (moelle pour les B, thymus pour les T). Chaque lymphocyte possède à sa surface un récepteur unique capable de se lier à un seul antigène.
Schéma simplifié montrant la différenciation des lymphocytes à partir d'une cellule souche dans la moelle osseuse, et leurs voies de maturation distinctes.
- 1. Cellule souche hématopoïétique
- 2. Maturation B (moelle osseuse)
- 3. Maturation T (thymus)
- 4. Lymphocyte B mature
- 5. Lymphocyte T mature
Protéine membranaire unique portée par un lymphocyte, capable de reconnaître et de se lier spécifiquement à un épitope (partie d'un antigène). Le BCR est l'anticorps membranaire du lymphocyte B, le TCR est le récepteur du lymphocyte T.
3💧 L'immunité humorale : les lymphocytes B et les anticorps
L'immunité humorale (du latin « humor » = liquide) agit dans les liquides de l'organisme (sang, lymphe). Elle est médiée par les lymphocytes B.
Lorsqu'un lymphocyte B rencontre son antigène spécifique (avec l'aide d'un lymphocyte T auxiliaire), il s'active et se multiplie. Cette prolifération clonale donne naissance à deux populations :
- Les plasmocytes : cellules « usines » qui sécrètent en grande quantité des anticorps identiques au récepteur initial. Les anticorps circulent et neutralisent les pathogènes.
- Les lymphocytes B mémoire : cellules à longue durée de vie, prêtes à réagir rapidement en cas de réinfection.
Protéine en forme de Y sécrétée par les plasmocytes. Elle possède deux sites de liaison identiques qui reconnaissent un antigène spécifique. Elle peut neutraliser un pathogène directement (blocage) ou le marquer pour une destruction par d'autres cellules (opsonisation).
4🗡️ L'immunité cellulaire : les lymphocytes T
L'immunité cellulaire agit contre les cellules infectées (par un virus), cancéreuses ou greffées. Elle est principalement assurée par les lymphocytes T cytotoxiques (Tc).
Ces lymphocytes ne reconnaissent pas l'antigène libre, mais des fragments d'antigènes présentés à la surface des cellules infectées par des molécules du CMH (Complexe Majeur d'Histocompatibilité).
Ensemble de molécules présentes à la surface de toutes les cellules nucléées de l'organisme. Elles présentent des fragments de protéines (du soi ou de pathogènes) aux lymphocytes T pour inspection. Le CMH de classe I est reconnu par les lymphocytes T cytotoxiques.
Lorsqu'un lymphocyte T cytotoxique reconnaît un fragment d'antigène étranger présenté par le CMH-I d'une cellule, il s'active. Il se multiplie et ses clones vont :
- Se fixer à la cellule cible.
- Sécréter des substances (perforines, granzymes) qui induisent la mort programmée (apoptose) de la cellule infectée.
- Générer des lymphocytes T mémoire.
L'immunité humorale (B) combat les pathogènes extracellulaires. L'immunité cellulaire (T cytotoxique) élimine les cellules compromises de l'intérieur. Les deux branches sont interdépendantes et coordonnées par les lymphocytes T auxiliaires.
5🧠 La mémoire immunitaire et ses applications
La première rencontre avec un antigène (réponse primaire) est lente (plusieurs jours) et produit surtout des plasmocytes effecteurs. Elle laisse cependant des lymphocytes B et T mémoire.
Lors d'un second contact avec le même antigène (réponse secondaire), ces cellules mémoire, plus nombreuses et plus réactives, sont rapidement réactivées. La réponse est alors :
- Plus rapide (quelques heures).
- Plus intense (production d'anticorps plus forte et plus longue).
- Plus efficace pour éliminer le pathogène, souvent avant l'apparition des symptômes.
Graphique montrant la concentration d'anticorps dans le sang en fonction du temps après une première et une seconde injection du même antigène.
- 1. Premier contact (antigène A) : réponse lente et faible
- 2. Second contact (antigène A) : réponse rapide et forte
- 3. Taux d'anticorps
- 4. Temps
C'est ce principe de mémoire qui explique l'efficacité de la vaccination. En introduisant un antigène inoffensif (virus atténué, fragment de protéine), on simule une première infection. L'organisme produit des lymphocytes effecteurs et, surtout, des lymphocytes mémoire. En cas de rencontre avec le vrai pathogène, la réponse secondaire protectrice se déclenche immédiatement.
Vocabulaire
Globule blanc (leucocyte) responsable de l'immunité adaptative. Il existe deux types principaux : les lymphocytes B et T.
Ex: Les lymphocytes B produisent des anticorps.
Protéine en Y sécrétée par les plasmocytes, capable de se lier spécifiquement à un antigène pour le neutraliser ou le marquer.
Ex: Les anticorps anti-tétanos circulent dans le sang après vaccination.
Molécule reconnue comme étrangère par le système immunitaire et capable de déclencher une réponse spécifique.
Ex: La protéine de spicule du virus SARS-CoV-2 est un antigène majeur.
Lymphocyte B différencié et activé, spécialisé dans la production et la sécrétion massive d'anticorps.
Ex: Les plasmocytes sont les cellules effectrices de l'immunité humorale.
Lymphocyte T capable de détruire les cellules infectées par un virus ou les cellules cancéreuses en induisant leur apoptose.
Ex: Les lymphocytes Tc éliminent les cellules hépatiques infectées par le virus de l'hépatite.
Lymphocyte T qui coordonne la réponse immunitaire en sécrétant des cytokines. Il active les lymphocytes B et les lymphocytes Tc.
Ex: Le VIH cible particulièrement les lymphocytes T auxiliaires, affaiblissant tout le système immunitaire.
Capacité du système immunitaire adaptatif à se souvenir d'un antigène rencontré, permettant une réponse plus rapide et plus efficace lors d'un contact ultérieur.
Ex: La mémoire immunitaire explique pourquoi on n'attrape la rougeole qu'une fois.
Molécules de surface présentant des fragments de protéines aux lymphocytes T. Essentielles pour la reconnaissance du soi et du non-soi.
Ex: La compatibilité des CMH est cruciale pour la réussite d'une greffe d'organe.
